« Vivaldi Battle », une confrontation virtuose entre Emiliano Gonzalez Toro et Maximillano Danta

29 Aout 2026

Le Parvis était comble pour « Vivaldi Battle », une confrontation aussi ludique que virtuose proposée par le Festival de Menton entre le ténor Emiliano Gonzalez Toro et le contre-ténor Maximiliano Danta, dans une mise en espace de Mathilde Étienne, co-directrice de l’ensemble I Gemelli.

Bienvenue pour un affrontement de haute voltige !

À ma gauche, un ténor au panache irrésistible, mêlant éclat, tendresse et précision d’orfèvre : Emiliano Gonzalez Toro.

À ma droite, un contre-ténor aux sommets vertigineux, maître d’une virtuosité audacieuse et d’une expressivité troublante : Maximiliano Danta.

Ce soir, l’arène appartient à Vivaldi. Ici, les armes sont le souffle, la voix et l’imagination. Les traits fusent, les ornements se répondent, les vocalises deviennent des défis lancés à pleine vitesse. Entre héroïsme flamboyant et émotion à fleur de peau, chaque air devient une nouvelle manche où la grâce le dispute à l’audace.

Portés par l’énergie d’I Gemelli, un continuo incandescent et des cordes prêtes à embraser la scène, les deux chanteurs se livrent à une joute aussi raffinée qu’électrisante.

Une idée née de Farnace

L’origine de cette « battle » est particulièrement séduisante. En étudiant l’opéra Farnace de Vivaldi, Mathilde Étienne et son complice Emiliano Gonzalez Toro ont constaté qu’un même rôle pouvait être confié à des chanteurs de tessitures différentes, parfois sans même modifier la tonalité. De cette observation est née l’idée d’opposer, dans un même programme, un ténor et un contre-ténor.

Et pourquoi ne pas imaginer cette confrontation à la manière d’une véritable joute baroque ?

L’atmosphère s’y prête à merveille. On se prend à rêver de Venise au XVIIIᵉ siècle, des théâtres, des masques, du Carnaval et de la Commedia dell’arte. Vivaldi accordait d’ailleurs une grande importance au travail du librettiste, capable d’arranger — voire de déranger — le drame selon les exigences de la scène.

Mathilde Étienne anime cette confrontation avec brio et en assure également la mise en espace, donnant au spectacle un rythme théâtral qui entretient jusqu’au bout le jeu de la « battle ».

Fureur, Loyauté, Soupirs

Le programme, structuré en trois volets — Fureur, Loyauté et Soupirs — puise dans plusieurs opéras emblématiques de Vivaldi : FarnaceL’OlimpiadeGriselda et Orlando furioso.

Une véritable pyrotechnie vocale !

Les deux chanteurs se répondent, se défient, parfois jusqu’à partager une même vocalise. Le jeu de miroir est fascinant : deux tessitures, deux techniques, deux personnalités, mais une même maîtrise et une intensité expressive comparable.

Emiliano Gonzalez Toro séduit par son charisme, son sens du théâtre et cette voix de velours qui sait passer de l’éclat à la tendresse avec une remarquable souplesse. Musicien aux multiples talents, directeur artistique du Festival de Froville, ténor reconnu du répertoire baroque et fondateur d’I Gemelli, il connaît parfaitement l’univers de Vivaldi et en assume ici toutes les exigences avec une présence scénique communicative.

On se souvient de l’avoir entendu, il y a deux ans, lors du concert de préouverture du Festival de Menton, dans la Missa Criolla d’Ariel Ramírez, revisitée par Thomas Enhco dans un style jazz latino-américain. Il revient cette fois dans un tout autre univers, mais avec la même générosité.

Face à lui, Maximiliano Danta impressionne par les sommets de sa tessiture, mais surtout par une intensité émotionnelle d’une rare acuité. Sa virtuosité n’est jamais gratuite : chaque ornement, chaque vocalise semble porté par une véritable intention dramatique. Son chant touche autant qu’il éblouit.

Impossible, au fond, de les départager.

Le public entre dans le jeu

Le public, fasciné, joue pleinement le jeu de cette confrontation. Les applaudissements deviennent partie intégrante du spectacle et l’applaudimètre finit par rendre son verdict.

Maximiliano Danta remporte la « battle ».

Mais la victoire est bien sûr symbolique. Car Emiliano Gonzalez Toro sort de l’arène avec son panache intact, Maximiliano Danta avec sa victoire, et tous deux avec les ovations d’un public conquis.

Et surtout, Vivaldi avec la plus belle des victoires : celle de sa musique.

Dans le cadre magique du Parvis, qui confère à la soirée un écrin particulièrement prestigieux, cette Vivaldi Battle aura offert bien davantage qu’un duel vocal : un véritable spectacle baroque, théâtral, jubilatoire et profondément émouvant.

Une soirée de haute voltige, littéralement à couper le souffle.

Une soirée inoubliable.

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